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Programme "Légitimations du savoir : le rôle des techniques dans la construction sociale des savoirs légitimes"

Le rôle des techniques dans la construction sociale des savoirs légitimes


Voir le carnet de recherche du programme : legitimes.hypotheses.org

« Légitimations du savoir » est un programme de recherche interdisciplinaire qui vise à réfléchir aux instruments et opérations techniques supportant les processus de construction des savoirs et en lien avec l’adéquation aux croyances, valeurs et règles des sociétés depuis l’époque moderne : le groupe de travail (ouvert à participation) se focalise sur le rôle social et politique des techniques matérielles et intellectuelles, les modes et régimes de la pensée opératoire dans la légitimation des savoirs scientifiques, organisationnels ou plus informels, analysés dans une perspective comparative

Ce programme est piloté par le laboratoire Histoire des Technosciences en Société (HT2S, Conservatoire National des Arts et Métiers), en partenariat avec les laboratoires DICEN-IDF (Cnam), le Centre d'Histoire des Techniques (CH2ST, Paris 1) et l'Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP Europe), sous le patronage du LabEx HASTEC (Pres HESAM).

« The legitimization of knowledge » is an interdisciplinary research program that focuses on the technical means and operations that support the construction process of knowledge matching modern societies’ beliefs, values and rules. The work group (open to participation) will work on the topic of scientific, organisational or informal knowledge in a comparative perspective, questioning the socio-constructivist role of material and intellectual technologies, and the ways and systems of operative thinking. This program is directed by the laboratory History of Technosciences in Society (HT2S, Conservatoire National des Arts et Métiers) in partnership with the laboratory Devices for Information and Communication in the Digital Era (DICEN-IDF, Cnam), the Center for the History of Technology (CH2ST, Paris 1) and the Ecole supérieure de commerce of Paris (ESCP Europe) under the patronage of Laboratoire d’Excellence HASTEC (Pres Hesam network).

Toutes les séances sont enregistrées : se reporter au carnet de recherche legitimes.hypotheses.org ou aller directement sur le site Dailymotion.
 

1ère phase - 2014



Une série d'ateliers pluridiscplinaires est organisée de mars à novembre 2014 dans lesquels le groupe de travail accueillera des présentations de chercheurs sur des cas d'étude prenant pour objet la construction des savoirs dans le temps, que l'on mettra en perspective avec la problématique de la légitimation. 

Voir le programme.
 

2ème phase - 2015



L'année 2015 est organisée autour de travaux de jeunes chercheurs liés par la question "Négocier la légitimité des savoirs : des acteurs multiples entre systèmes et dispositifs techniques". 

Voir le programme.

Problématiques


Notre objectif est d’interroger les dispositifs de légitimation du savoir dans le temps, au sens général du terme mais aussi dans ses acceptions plurielles et spécifiques : savoirs scientifiques et académiques, savoirs liés à l’éducation et aux dispositifs d’apprentissage scolaire ou professionnels, savoirs liés à la production, à l’organisation, et à l’innovation, ou encore savoirs plus informels, émergents, populaires. L’approche par les techniques vise à aborder la question de la construction des savoirs dans une perspective plus socio-anthropologique qu’épistémologique : qu’est-ce qui fait qu’un savoir devient conforme aux croyances et aux règles d’une société à un moment donné, qu’il y est valorisé ou sert de support de valorisation à des stratégies politiques ou économiques. On définit les techniques comme instruments de cette légitimation, mais aussi comme mode de pensée qui encadre le processus de légitimation ; nous adoptons une perspective large, embrassant les technologies matérielles et intellectuelles, les instruments, machines et modèles opératoires.

Une approche épistémologique « pure » aurait l’inconvénient d’effacer la question de la légitimité, puisque théorie de la connaissance ou science de la science, elle se penche prioritairement sur des savoirs institués, reconnus dans des formes institutionnelles de pensée. L’épistémologie, dans le choix de ses objets, et elle-même légitimante dans le cadre du savoir scientifique. Sans négliger la richesse de l’approche épistémologique, nous souhaitons cependant faire intervenir les dimensions politiques, sociales et culturelles en jeu dans la manière dont les savoirs acquièrent un statut légitime. Dans la valorisation d’un type de savoir, quelle technique est convoquée ?

A titre d’exemple, dans le champ du savoir scientifique, les instruments sont des technologies matérielles privilégiés, support de la mesure, du calcul, et de la preuve. Le programme collaboratif 3 d’HASTEC (responsable : Nathalie Luca) a mené une réflexion voisine en montrant comment des modes de pensée non scientifiques (religion, ésotérisme…) pouvaient utiliser des instruments scientifiques pour « prouver » leurs système de pensée, empruntant aux techniques de crédibilité de la sphère scientifique, voire les détournant (la frontière entre crédibilité et crédulité étant parfois mince). Dans cette même sphère académique (de la recherche scientifique à l’enseignement), les méthodes (modèles, théories, et plus généralement encadrement de l’expérience par le regard scientifique) mais aussi des supports de médiation, transmission ou circulation du savoir (écriture cursive ou graphique, livre, correspondance, revues…) marquent l’importance des technologies intellectuelles dans la reconnaissance des savoirs. Autres exemples dans d’autres sphères du savoir : dans les savoirs liés à la production industrielle, les techniques de management et de gestion par exemple sont aussi des processus qui légitiment, à travers la rationalisation, le savoir produit par l’organisation à côté des artefacts qu’elle produit – et l’évolution historique depuis l’industrialisation, vers une dématérialisation et une intellectualisation des biens de production, pose de manière cruciale la question des savoirs en contexte d’innovation.

Pour en revenir à notre problématique large, on se demande ainsi qu’est-ce qui fait qu’un savoir est reconnu comme tel ? Quelles techniques sont-elles utilisées dans les processus de légitimation ? Plutôt que questionner directement la nature du savoir, on se demande comment il se construit grâce à des techniques qui assoient sa légitimité (son adéquation par rapport à un système de pensée et de croyance). Notre approche constructiviste interroge ainsi le recours à des sources d’autorité qui prennent des formes particulières – que l’on peut voir, donc, comme des techniques plus ou moins systématisées. Ainsi, nous pensons que les conditions de définition des savoirs dans une société se définissent à travers des procédures :
- depuis la validation par l’appareil politique à la délégation aux experts,
- depuis l’invocation des traditions aux débats professionnels orientés sur le futur,
- depuis la mise en place de méthodes jusqu’à la confirmation de ces modèles par des instruments et machines,
- depuis des loci de validation du savoir (autorisation, vérification, preuve…) qui peuvent procéder à des formes de différenciation entre les savoirs, mais aussi de standardisation et convergence des savoirs.

Enfin, la technique étant au cœur de notre réflexion, dans toute sa complexité définitionnelle et dans ses aspects aussi bien intellectuels que matériels, nous souhaitons accorder une place particulière aux technologies numériques en tant que support, système, langage, environnement, sens. Sans occulter les autres technologies, bien entendu, nous pensons que la réflexion sur le temps long des techniques de légitimation des savoirs prendra une signification particulière en comparaison avec la « technique » dans laquelle notre société actuelle place autant de croyance que de méfiance, d’utopies que de dystopies.

Direction scientifique : Jean-Claude Ruano-Borbalan, directeur d'HT2S (Cnam)

Organisation (HT2S/Cnam) : Camille Paloque-Berges, Rebecca Amsellem, Robert Nardone, Sofia Foughali.